Des requins à PERROS-GUIREC

22 Jun 2009 21:05

C’est la troisième fois que je vois des REQUINS en plongée dans le périmètre des 7 îles à PERROS-GUIREC. La première fois la bête est venue nous rendre visite en fin de plongée alors que nous amorcions notre remontée. Je me souviens que Yannick me regardait fixement dans les yeux tout en esquissant un petit geste de la main, le bras replié le long du corps, la main à hauteur d’épaule, l’index dirigé vers l’avant. Avec calme et discrétion son poignet oscillait d’avant en arrière et m’invitait à regarder derrière moi. Répondant à son attitude très Zen j’ai tourné lentement la tête vers la gauche et là…la bête à une vingtaine de mètres amorçait un cercle de découverte autour de ces deux intrus ayant pénétré son territoire. Premières réactions surprise et joie. Plongée géniale ! un requin de si près, en BRETAGNE NORD qui plus est. Les yeux grands ouverts nous suivons sa première rotation, lente majestueuse … la classe. Deuxième réaction : nous contrôlons simultanément nos paramètres de plongée et là nous prenons conscience que nous risquons de passer quelques temps en bonne compagnie car notre ordinateur nous indique 20 minutes de palier avant de faire surface. Notre nouveau compagnon de plongée semble s’intéresser de plus en plus à l’espèce humaine car il continue à nous tourner autour tout en se rapprochant. “C’est pour mieux te regarder mon enfant”. Le temps passe “lentement” au palier et la bête tourne et tourne en se rapprochant, elle est maintenant à une dizaine de mètres de nous. “C’est pour mieux te manger mon enfant”!! Dans un éclair de lucidité ou par instinct de survie (je vous laisse choisir), nous nous précipitons dans les bras l’un de l’autre (oh mon Yannick tu sais que je t’aime) les blocs tournés vers l’extérieur (ce sera plus dur pour le premier coup de dent) et chacun monte la garde sur les 180 degrés couverts par son champ de vision. Il reste encore 5 minutes de paliers et je vois bien que notre équipe de surface qui s’est posée des questions au début de notre remontée ne s’inquiète plus et laisse le bateau partir doucement à la dérive. Il est vrai que nous avions annoncé une plongée de 50 minutes paliers inclus et il reste 5 minutes. Tout paraît normal et pourtant nous avions indiqué que tout n’était pas au mieux en ne répondant pas au code mis en place pour échanger avec l’équipe de surface. Lors de nos plongées nous avons décidé que l’équipe de surface, après avoir repéré notre parachute de palier, devait effectuer des rotations autour du parachute et, si tout est OK pour les plongeurs ceux-ci répondraient en tirant 3 fois sur le parachute pour le faire couler puis réapparaître. En cette journée du 15 août je m’étais abstenu de tirer sur le parachute pour informer le bateau que tout n’était pas pour le mieux dans ce meilleur des mondes. Les cinq dernières minutes furent angoissantes. Le requin tournait si près de nous que nous avions décidé de sortir les couteaux prêts à les utiliser pour repousser le carnassier si affectueux en cas d’avances trops câlines (pour ne pas dire canines). En fin de palier nous avons amorcé la remontée des 3 derniers mètres. Bien que très vigilants nous n’avons pas vu disparaître notre compagnon. Parti incognito en quelques secondes. Il paraît que sur le bateau nous étions un peu pâles. Ce jour là la deuxième palanquée à plongé sur une autre zone. Pourquoi ? va savoir zont peut être eu peur ? Je ne vous raconterai pas la deuxième fois car ce fut une promenade de santé par rapport à l’anecdote précédente. Ce jour là les consignes ont bien été respectées par l’équipe de surface qui ne nous a pas laché d’un pouce lors de la remontée. Aujourd’hui toute l’équipe rit encore en pensant à Issar qui devait surveiller pendant que je retirais mon bloc dans l’eau mais qui s’est précipité dans le bateau dès qu’il fut libéré du sien, bien content d’être au sec. Sacré Issar quel boute-en-train ! Samedi 13 juin 2009, l’équipe est au minimum. Nous ne sommes que deux à avoir répondu à l’appel du large. Dommage pour les autres, le temps est beau, la mer est plate et le faible coefficient nous autorise une plongée sur un des plus beaux sites des 7 îles. Imaginez un paysage fait de canyons juxtaposés, des couloirs de 4 à 5 mètres de larges dont le fond couvert de maërl renvoie la lumière de la surface en éclairant les parois verticales qui remontent de -38m à -15m. Pour être plus précis, ces canyons ne sont pas tout à fait parallèles, mais ils convergent vers un sec et se ferment sur une remontée qui culmine à 13 mètres sous la surface. La mise à l’eau est magique, j’arrive sur un des sommets rocheux séparant deux canyons, les lieus m’attendaient. Pas un, pas dix, pas trente…une centaine peut être, j’ai pas compté. J’avance dans le banc, je suis bien accepté, aucune réaction, je suis aux anges. Pour ne pas déranger je me laisse couler vers un fond de maërl et continue ma balade en direction du sec. Arrivé à la fermeture du couloir je remonte pour franchir la barrière rocheuse qui me sépare du canyon voisin et redescends dans un autre couloir. La lumière semble venir du fond, elle éclaire les murs tapissés de gorgones, d’étoiles de mer, de roses de mer. En surface les lieus suivent ma progression et je ne résiste pas à l’envie de retourner les voir. Je remonte lentement, les poissons sont maintenant à portée de main. Le léger courant de fin de marée montante me positionne lentement au dessus du plus beau de tous les canyons du site. Je descends, sans faire un geste, en planant bras écartés et j’ai une pensée pour Issar car c’est là que nous avions vu un requin la deuxième fois. Après avoir freiné ma descente à un mètre du fond je déambule, direction plein nord. Après une promenade d’une cinquantaine de mètres je constate que le maërl du fond laisse place à de petits cailloux ronds qui à mes yeux ont moins d’intérêt. Je fais quelques photos et je décide de faire demi tour car je suis déjà à -40m. Je n’ai pas fais la moitié du chemin de retour (je suis à -38) que, pour une raison qui m’est toujours inconnue, je me retourne et là je vois un requin se présenter devant l’entrée du canyon, changer de direction pour se diriger vers moi. Il n’a pas l’air aussi décontracté que ceux que j’ai déjà vus mais je suis dos au mur je me sens en sécurité alors je contemple. La bête me passe sous le nez, j’aurai pu la toucher. Mais pourquoi est-il si pressé d’aller à l’autre bout du canyon qui se termine en cul de sac au pied du sec ? J’avais gardé l’image d’une cérémonie de présentation plus cool et posée ou tout le monde prenait son temps. Ce ne doit pas être le même ou alors il ne m’a pas reconnu car d’un coup de queue violent il fait demi tour et revient vers moi pour me frôler une deuxième fois les moustaches. A ce moment je n’ai aucune hésitation, il passe si prêt que je vais faire une photo. Je prends mon appareil et comme il me passe au dessus de la tête je déclenche (photo de l’article). Je sais elle n’est pas très nette mais je ne trouve pas mon modèle très net non plus. Comme mon ordinateur n’affiche que 3 minutes de paliers je décide de lancer mon parachute de palier et d’amorcer ma remontée. Pendant que je prépare mon parachute mon invité refait un demi tour nerveux au fond du cul de sac et revient droit sur moi (pour me faire un bisou peut être ?). Je décide de lacher mon parachute qui est suffisamment gonflé pour atteindre la surface et la surprise : le requin donne un coup de queue et remonte violemment vers la surface et attaque mon parachute. Je lache mon bobinot convaincu qu’il va partir avec puis replonge vers le fond déroulant le reste de fil disponible sur ma bobine. Au fond du canyon je laisse filer les 50 m de fil pour laisser le parachute s’éloigner. Tout me semble de nouveau calme, je longe le fond juqu’au fameux cul de sac, je remonte le long du sec et je vois le dessous de bâteau. Philippe qui fait la sécurité de surface à tout compris, il à pris un masque et me cherche. Il me dira plus tard que me voyant scruter sur 360 degrès en tournant sur moi même pendant mon palier il savait que je cherchais à localiser un risque potentiel et qu’il était inquiet pour moi (merci papa °+)). Ce samedi 13 juin 2009 j’ai demandé à Philippe s’il voulait bien que je le dépose au CERF pour faire sa plongée. Comme il ne voulait pas que je m’inquiète en surface il a fait ça pour moi. Merci Philippe.